Bruit de bottes au Moyen-Orient ?

Le conflit syrien est-il en train de dépasser les frontières du pays ? On voit Téhéran et Ankara s’échanger de plus en plus de menaces. Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan poursuit ses rêves d’empire : il laisse passer armes et munitions vers l’opposition syrienne, en provenance du Qatar notamment, par le poste frontière de Bab el Hawa, et cherche à faire de son pays la référence sunnite de la région. Sans oublier les troupes turques massées à la frontière syrienne, en prévision d’une intervention terrestre, d’après la chaîne de télévision iranienne Press TV.

De son côté l’Iran soutient fermement le régime de Bachar al Assad, pour des raisons à la fois stratégiques et religieuses. Religieuses puisque que les Alaouites sont une branche du chiisme, et stratégique car, depuis la guerre sur l’Irak, le verrou de Bagdad a sauté pour les Iraniens, ce qui a permis au pays des mollahs de devenir une puissance méditerranéenne grâce à l’axe Téhéran-Bagdad-Damas-Tyr. Ce qui explique la farouche détermination de l’Iran à soutenir le pouvoir syrien, qui lui assure de surcroît un accès logistique direct au Hezbollah libanais : ce dernier a en effet toujours besoin de munitions et d’armes pour pouvoir à la fois tenir tête à Israël et maîtriser la scène libanaise.

La posture occidentale dévoile ses contradictions : les États-Unis, pour plaire à l’opinion publique, soutiennent l’opposition syrienne et restent l’allié objectif de l’Arabie séoudite et du Qatar, tout en négociant dans le même temps, sans honte ni vergogne, leur départ d’Irak, non pas avec les Irakiens mais directement avec les Iraniens ! Quant à la France, dont la vocation dans cette région est de parler avec tout le monde, elle procure son assistance à l’opposition syrienne en ayant rompu ses relations diplomatiques avec la Syrie ; or n’est-ce pas avec ses ennemis que la diplomatie sert à parler ? Paris semble avoir renoncé à son rôle de médiateur et vouloir réitérer le scénario libyen – inspiré par un philosophe manquant sérieusement de bases dans la science politique – dont on connaît les résultats avec les tiraillements tribaux et régionaux qui secouent aujourd’hui le pays.

Ankara et Téhéran ne veulent pas renoncer à leurs rêves respectifs d’empire ; iront-ils pour cela jusqu’à l’affrontement ?

A. J. S.

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À propos Antoine Sfeir
Journaliste, politologue, enseignant, directeur des Cahiers de l'Orient.

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