Benoît XVI au Liban : pour quoi faire ?

La visite du pape au Liban est doublement stratégique : en premier lieu, Benoît XVI vient dire sa solidarité aux chrétiens en Orient : ceux d’Irak, malmenés, devenus les boucs émissaires des milices à la fois chiites et sunnites, des Kurdes comme des Arabes ; ceux de Syrie, cibles des insurgés mais aussi des bombardements du régime ; ceux d’Égypte, qui durant ces dernières années ont vu leurs églises saccagées, leurs offices perturbés et leurs fidèles assassinés ; à ceux du Liban enfin, qui ont connu durant la guerre, et notamment depuis les accords de Taëf en 1989, une véritable perte d’influence. Le souverain pontife vient redonner confiance à ces chrétiens catholiques, orthodoxes ou protestants, qui choisissent souvent la voie de l’exil alors qu’ils constituent les racines mêmes de la chrétienté.

Il s’agit de l’aspect apostolique de ce voyage, accompagné des rencontres avec les dignitaires religieux, chrétiens certes mais également chiites et sunnites. C’est toutefois aussi la visite du chef de l’État du Vatican, qui dispose d’une multitude de relais, qui s’intéresse aujourd’hui aux bouleversements qui secouent le Proche et le Moyen-Orient, et s’inquiète de voir un islam exclusif balayer les traditions tolérantes de l’islam inhérent à cette région, que ce soit en Algérie ou en Égypte… Cet islam exclusif qui s’en prend également aux lieux de culte soufis en Libye.

L’attitude des hiérarchies musulmanes ne trompe d’ailleurs pas : le vice-président du conseil supérieur chiite au Liban, Abdel Amir Kabalan, affirme haut et fort qu’il accueille son pape au Liban. Le mufti de la république, cheikh Mohammad Rachid Kabbani, sans aller aussi loin, insiste sur l’importance de cette visite, au moment où le Moyen-Orient traverse une véritable tempête dont on ne connaît pas l’issue. Au delà de ces considérations, l’enjeu principal de cette visite est, et demeure, les relations islamo-chrétiennes : le prédécesseur de Benoît XVI, Jean-Paul II, ne prédisait-il pas que « le dialogue islamo-chrétien réussira au Liban ou échouera partout dans le monde » ? Il est vrai que ce pays a de tous temps été le laboratoire, sinon de cette coexistence, du moins du vouloir vivre ensemble entre les fidèles des trois religions monothéistes révélées.

La création de l’État d’Israël, et surtout la guerre de 1967, ont poussé à l’exil la population libanaise de confession juive ; la guerre du Liban et la crise interminable qui s’ensuit depuis près de 40 ans a eu le même effet sur la population chrétienne. Les événements actuels en Irak, en Égypte et en Syrie l’incitent encore au départ, mais les chrétiens en Orient n’en sont pas à leur première épreuve : sans eux, comme l’écrivait Jean Daniel, le Liban, la Syrie, l’Irak ou l’Égypte ne seraient que des pays arabes comme les autres… Il manquerait quelque chose d’essentiel à cette mosaïque inachevée.

A. J. S.

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À propos Antoine Sfeir
Journaliste, politologue, enseignant, directeur des Cahiers de l'Orient.

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