Film anti-islam : pourquoi les extrémistes en profitent pour manifester

18 septembre 2012 : analyse sur Le Plus du Nouvel Observateur 

Est-on en train de revivre l’épisode dramatique des caricatures du prophète Mohammad, qui avaient embrasé le monde musulman en 2005 ? Pour Antoine Sfeir, on y retrouve le même mécanisme : des manifestations violentes encouragées en sous-main par les partisans de l’islam le plus radical.

 

De nombreuses violences ont fait suite à la diffusion de ce film, considéré comme blasphématoire et réalisé par un Américano-israélien. Avec la distance qu’on peut avoir a posteriori, on est en droit de se poser quelques questions fondamentales.

 

Ce film, véritable navet de bas étage, met en scène la vie privée du prophète Mohammad. Nul n’ignore qu’après 619, date de la mort de son épouse unique Khadija, le messager de l’islam a eu neuf épouses et deux concubines. Rien de nouveau donc à l’horizon.

 

Occuper le terrain, par tous les moyens

 

En revanche, ces réactions violentes, qui ne sont pas sans rappeler celles qui ont suivi la publication des caricatures de Mohammad en 2005, et qui se sont avérées un montage grossier de la part d’un imam danois, montrent que les partisans d’un islam radical essaient d’occuper le terrain par tous les moyens : l’attaque du consulat américain à Benghazi était une véritable opération militaire bien préparée ; les rassemblements et les mobilisations au Caire, au Yémen, en Tunisie ainsi qu’à Paris même n’avaient rien de spontané. On peut se demander pourquoi, et pourquoi maintenant.

 

On dispose de quelques éléments de réponse par le fait qu’en Tunisie par exemple, si le pouvoir exécutif est dirigé par Ennahda, la présidence du Parlement leur échappe ; de même en Egypte, entre les deux élections législative et présidentielle, islamistes et salafistes ont perdu 25% de leurs suffrages ; en Libye, ils n’ont même pas eu la majorité relative ; au Yémen, ils font partie de l’opposition…

 

N’ayant pas réussi à s’imposer par les urnes, cet islam radical en rivalité avec les salafistes tente d’apparaître comme le seul défenseur d’un islam dur.

 

Islamiste, salafiste, djihadiste : ne mélangeons pas tout

 

Par leurs manifestations violentes, ils occupent le terrain, terrorisent les musulmans, font pression sur les dirigeants islamistes au pouvoir. La réaction de peur engrangée en Occident par ces manifestations violentes pousse les dirigeants occidentaux à reconsidérer leur inquiétude, angélique jusque-là, avec le risque de passer d’un extrême à l’autre, sans faire de différence, en se laissant piéger par l’amalgame : tout Arabe est musulman, tout musulman est islamiste, tout islamiste est salafiste, tout salafiste est jihadiste.

 

Aucune de ces affirmations n’est vraie. Il s’agit de le savoir, donc de connaître. Connaître l’autre permet de ne pas le rejeter et de tomber inévitablement dans un communautarisme exclusif.

A. J. S. 

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À propos Antoine Sfeir
Journaliste, politologue, enseignant, directeur des Cahiers de l'Orient.

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