Banlieues à céder ?

Le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, a approuvé la semaine dernière la création d’un fonds à capitaux qataris d’un minimum de 150 millions d’euros, destiné selon Libération aux zones françaises paupérisées. Ce fonds, abondé par l’État français comme par le secteur privé, apprend-on de source ministérielle, serait « franco-qatari » et semblable aux fonds existants franco-chinois ou franco-émirati. Nous en sommes donc arrivés là : la République reconnaît officiellement son impuissance et son désintérêt pour ses banlieues, priées de faire financer leurs projets à la même bourse que les jihadistes et les prédicateurs wahhabites !

Il n’est pas question de faire les mêmes amalgames que l’extrême droite, en affectant de confondre immigration et islamisme, ou banlieues et islam radical. Pourtant on ne peut que s’inquiéter de l’emprise progressive du Qatar dans notre économie, dont il s’offre régulièrement de consistants morceaux : on parle beaucoup du club de football Paris Saint-Germain, mais il y a aussi Véolia, Vinci, Vivendi, Total, Cégelec, fleuron de l’industrie énergétique française ; Lagardère, à la fois à la tête d’une large partie de notre presse nationale et surtout d’une partie de notre souveraineté, à travers EADS ; une large portion de notre parc hôtelier de luxe…

Dès le début des années 1970, les villes nouvelles chères à Giscard ont constitué une sorte de ghetto pour les populations défavorisées notamment celles issues de l’immigration maghrébine puis de l’Afrique subsaharienne. Dans un déni total d’urbanisme social et humaniste, la République était en train de créer peu à peu un lumpen prolétariat (ou ceinture de misère) autour des grandes agglomérations. Et si la loi républicaine était souvent bafouée, ce n’était en aucun cas pour des motifs religieux mais bien parce que ces jeunes n’avaient plus accès à l’enseignement républicain, éloigné des fondamentaux.

Mais c’est tomber de Charybde en Scylla que de s’allier avec ceux qui prêchent un islam littéraliste, archaïque et rétrograde pour remonter la pente. La Res publica s’appuie sur quatre piliers : citoyenneté, égalité, solidarité, laïcité. Lorsque l’un des ces piliers est chancelant, l’équilibre devient précaire. Mais lorsque les quatre sont affaiblis, alors ce sont les fondations mêmes de la république qui sont en danger.

Nos dirigeants auraient intérêt à se replonger dans la lecture de l’histoire des religions ; cela leur permettrait au moins, à défaut de penser à ce qu’ils doivent faire, de savoir ce qu’il ne faut pas faire.

A. J. S.

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À propos Antoine Sfeir
Journaliste, politologue, enseignant, directeur des Cahiers de l'Orient.

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