Kippour universel ?

Kaufmann : Day of Atonement

Aujourd’hui, la communauté juive commémore dans le monde le jour du Grand Pardon.

C’est le jour de « l’expiation », c’est-à-dire que Dieu pardonne à tout homme qui se tourne vers lui. Yom Kippour succède au Nouvel An juif, Roch Hachana, car les deux sont inséparables. L’une indique le sentier à prendre, la seconde le sommet à atteindre. Entre les deux, Techouva, une « marche » longue de dix jours permet aux croyants de travailler sur eux-mêmes, de changer leurs cœurs et de se réconcilier les uns avec les autres. Ce n’est qu’après seulement que le pardon de Dieu est possible. La journée de Kippour est marquée par la prière, le jeûne et les sollicitations du pardon. Aucun travail, aucun repas, aucune distraction ne doit détourner le croyant de ce jour saint.

Nous vivons dans un monde émaillé de conflits, de guerres, de violence, d’exclusion, de rejet de l’autre, et dans lequel le pardon apparaît comme une utopie. Les hommes si prompts à se battre semblent tellement éloignés de la simple idée de pardonner.

Or il est très difficile de pardonner alors même qu’on se refuse à oublier. Pardonner exige un oubli plus important que le mal subi : l’oubli de soi, de son amour-propre, de sa fierté, l’acceptation d’une humilité face à l’événement (« il y a toujours pire »). Plus que tout, le respect de la vie humaine qu’on ne peut pas ôter à quelqu’un d’autre – même en cas d’injustice flagrante, avoir le courage de ne pas se faire justice soi-même… Il est hélas devenu aujourd’hui plus difficile d’avoir l’intelligence du cœur plutôt que celle de l’esprit. Le pardon est une négation de son ego, et si pardonner implique l’oubli, le contraire n’est pas toujours vrai.

À tous les citoyens français de confession juive, je voudrais dire mon partage et mon exhortation qu’en ce jour, ils n’oublient pas leur propre histoire. Après deux mille ans d’errance, après un chemin jalonné d’épreuves et de souffrances, que l’esprit du pardon les habite. Dieu n’a pas seulement dit de rendre « œil pour œil, brûlure pour brûlure, meurtrissure pour meurtrissure » (Ex, 21) ; il a aussi donné Techouva et Yom Kippour.

A.J.S.

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À propos Antoine Sfeir
Journaliste, politologue, enseignant, directeur des Cahiers de l'Orient.

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