Racisme ordinaire à Beyrouth

Des employés de maison étrangers auraient été la cible samedi 6 octobre 2012 de propos racistes à l’aéroport de Beyrouth.

L’aéroport de Beyrouth a été une fois de plus le théâtre, en cette fin de semaine, d’un épisode raciste. Nouvel épisode, parce que le feuilleton du racisme ordinaire est tristement quotidien au pays des Cèdres, qui s’enorgueillit pourtant de la coexistence en son sein de 17 confessions différentes. Le Liban, qualifié autrefois par le pape de « pays-message » en hommage à un vivre-ensemble réussi, n’inclut sans doute pas les Philippins et les Népalais dans les heureux élus admis à cette convivialité factice, puisqu’une employée de la compagnie aérienne nationale s’est permis, le 6 octobre, de viser ces derniers nominalement dans une injonction diffusée par haut-parleur : « Il est interdit aux Philippins et aux Népalais de parler ici ». Prise à parti par un citoyen choqué, comme de juste, d’un pareil comportement, l’hôtesse a affirmé, sans doute en guise de justification, que « la direction ne veut même pas ce genre de personne sur le vol » et que « ces gens-là sont différents », tandis qu’un employé menaçait le plaignant d’annuler son vol si ce dernier persistait à demander raison de ces agissements.

La Middle East Airlines, devant l’ampleur de la polémique, relayée par internet suite au dépôt d’une plainte en bonne et due forme, a annoncé l’ouverture d’une enquête en assurant qu’elle ne « tolèrerait pas de comportement discriminatoire ou raciste » parmi ses employés.

Malheureusement, l’employée incriminée est loin d’être minoritaire au sein d’une société qui, sous des dehors modernes, suinte le racisme le plus primaire : des gens de la « bonne société » qui maltraitent leurs « bonnes », convaincus d’en être les bienfaiteurs, aux passagers qui refusent de s’asseoir dans les avions à côté de ces mêmes pestiférées, en passant par les complexes balnéaires où les employées de maison ont le droit de cuire au soleil entièrement vêtues pour garder la marmaille, mais surtout pas de descendre dans l’eau où elles pourraient malencontreusement se mélanger avec les gens « normaux »… Aucun ne s’imagine un seul instant avoir quoi que ce soit à se reprocher !

Ce sont pourtant ces mêmes Libanais qui découvrent subitement, par la vertu d’une file d’attente dans un consulat occidental, l’importance de l’égalité des droits et la douloureuse atteinte à la dignité humaine que constitue l’exclusion. Vous les entendrez alors dénoncer avec des accents enflammés l’arrogance et l’impérialisme occidentaux, évoquer leur honneur bafoué, et jurer qu’on ne les y reprendrait plus à demander des visas.

Ce sont également ces mêmes Libanais qui, par manque de civisme et de sentiment citoyen, sont coupables d’avoir sacrifié leur pays sur l’autel du veau d’or. Combien d’entre eux, hélas, ne sont pas des vendus tout en étant toujours à vendre ? Mais chut ! Il ne faut pas le leur dire, ils sont capables de vous traiter de traître… parce que vous ne faites pas comme eux.

Si, comme l’écrivait Georges Naccache, « deux négations ne font pas une nation », alors quatre millions d’individus exacerbant leur individualité ne font pas un peuple !

A. J. S.

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À propos Antoine Sfeir
Journaliste, politologue, enseignant, directeur des Cahiers de l'Orient.

One Response to Racisme ordinaire à Beyrouth

  1. persistance says:

    Bien bel article Monsieur Sfeir. Il apparait que bien de Libanais mettent beaucoup plus de forces pour attaquer les nations qui ne « tirent » pas dans leur sens que pour se remettre en question . Le probleme Libano-Libanais des gens de maisons me semble plus relever de l’esclavage moderne que d’autre chose . Cela est politiquement très incorrect et personne n’en dit mot . J’avais vu un reportage courageux dans envoyé spécial sur des femmes de ménage Philippine et sur le juteux traffic qui en découlait pour les placeurs. Je me demande ce qu’en pense le logeur de notre ancien président et bien d’autres qui ne voit en la guerre dans ce pays qu’une occasion de gagner beaucoup d’argent .je ne connais pas le Liban mais que je l’imagine si joli que je ne peus … je ne sais pas en fait .
    De Gaulle disait :  » Ceux qui ne se souviennent pas de l’histoire sont condamner a la revivre « 

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