Mieux savoir pour mieux comprendre

Carte de la Syrie, carefrance.org

Bizarrement, après avoir occupé l’actualité tout au long des derniers mois, la Libye, la Tunisie, l’Égypte et même la Syrie semblent avoir disparu de nos médias. On y retrouve de temps en temps quelques entrefilets concernant le nombre de morts de la veille – plus de 30.000 en vingt mois de conflit – ou la décision de la France d’aider l’opposition syrienne, en distribuant des enveloppes à la frontière syro-libanaise. Mais que deviennent les quelque 650.000 refugiés syriens[1], dont une centaine de milliers au Liban, plus encore en Turquie et en Égypte, et près de 200.000 en Jordanie ? Que se passe-t-il à la frontière entre la Syrie et l’Irak ? Comment survivent les habitants de Damas et d’Alep ? Que devient Deraa, point de départ de cette guerre civile qui n’en porte pas encore le nom ?

Il est vrai qu’une nouvelle chasse l’autre et que nous sommes toujours en situation, en même en demande, de surinformation. Mais il serait bon de prendre un peu de recul, pour avoir une vision globale d’un conflit dont les métastases risquent régulièrement de contaminer les autres pays de la région : à Tripoli, au nord du Liban, où les combats entre Alaouites et Sunnites sont récurrents, à Saïda, au sud, où les prédicateurs salafistes lancent des appels à la mobilisation contre les Chiites en général et les Alaouites en particulier, sans parler des camps palestiniens qui sont à leur tour atteints par la vague d’un islam radical.

Le conflit syrien ne peut être abordé sans parler de ce qui se passe en Turquie entre l’opposition et le gouvernement, surtout après d’importantes manifestations auxquelles ont participé ceux qui craignaient une implication turque dans le conflit syrien. En Irak, les luttes confessionnelles sont attisées par les combats voisins.  Quant au peuple iranien, il craint tout autant une guerre à ses frontières que des frappes israéliennes et une fuite en avant du régime qui s’engagerait encore plus directement dans le soutien au régime syrien.

Le téléspectateur, l’auditeur ou le lecteur lambda a toutes les raisons de décrocher en absorbant les infos qui lui arrivent en vrac : il a besoin de s’arrêter, de comprendre, de savoir, de revenir sur des fondamentaux et parfois sur des pans entiers de l’histoire de cette région où la France, comme la Grande-Bretagne, la Russie et les États-Unis, a joué un rôle crucial, parfois nocif et souvent à l’encontre des populations de cette région. Il a également besoin d’un état des lieux accessible pour pouvoir se faire sa propre idée, mais aussi connaître les scenarii possibles à court et moyen terme, pour l’avenir de l’Afrique du Nord, du Proche et du Moyen-Orient. Un avenir qui, à l’heure de la globalisation, nous concerne directement.

A. J. S.


[1] Source : Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés, 28 septembre 2012.

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À propos Antoine Sfeir
Journaliste, politologue, enseignant, directeur des Cahiers de l'Orient.

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