« L’attentat au Liban est un avertissement lancé par la Syrie » – BFM TV, 22 octobre 2012

BFMTVLa tension est vive à Beyrouth après l’attentat visant un chef du renseignement libanais proche de l’opposition. Antoine Sfeir décrypte la situation.

La voiture piégée qui a explosé vendredi
a fait trois morts et de très
nombreux blessés. (AFP PHOTO)

Au lendemain des funérailles de Wissam Al Hassan, haut responsable du renseignement libanais tué dans un attentat vendredi dernier à Beyrouth, la tension n’est pas encore retombée dans le pays. L’armée s’est déployée dans la capitale pour endiguer la révolte de la veille, qui avait conduit des manifestants à réclamer la démission du Premier ministre, Najib Mitaki.

Antoine Sfeir, journaliste et politologue franco-libanais, dirige les Cahiers de l’Orient, une revue sur le monde arabo-musulman qu’il connaît très bien. Il estime que l’élimination de Wissam Al Hassan est un avertissement lancé à tous ceux qui voudraient s’opposer à la puissance de Bachar Al Assad, en Syrie.

Comment expliquez-vous l’attentat à la voiture piégée vendredi dernier à Beyrouth ?

Cet attentat n’est pas un attentat aveugle comme Beyrouth en a connu. Il était ciblé contre Wissam Al Hassan, haut responsable du renseignement libanais. Ce monsieur était un « super-flic » qui a notamment à son actif le démantèlement de plusieurs réseaux syriens à Beyrouth. C’est aussi lui qui a aidé le tribunal pénal international à identifier les trois membres du Hezbollah à l’origine de l’assassinat de Rafiq Hariri, en 2005. La mort de Wissam Al Hassan profite bien évidemment à tous les pro-syriens et pro-iraniens au Liban.

Est-ce un avertissement à ceux qui voudraient s’en prendre aux intérêts syriens ?

Tout à fait, et c’est aussi un message envoyé par les Syriens pour dire: « Nous avons encore une puissance de nuisance malgré la situation ». Wissam Al Hassan avait des enquêtes en cours qui pouvaient faire ombrage à certains Syriens. Il y a une autre lecture à cet attentat : celui-ci s’inscrit dans l’affrontement entre Sunnites et Chiites qui s’est redéclenché en 1992 dans cette région du monde. Wassam était proche de Rafiq Hariri, de l’Arabie Saoudite, et donc des Sunnites. Le Hezbollah avait demandé son limogeage à plusieurs reprises.

« La guerre en Syrie a déjà installé quelques métastases au Liban »

La guerre civile en Syrie peut-elle déborder au Liban?

Elle y a déjà installé quelques métastases. À Tripoli par exemple, les affrontements entre Alaouites (branche du chiisme, ndlr) et Sunnites sont quotidiens. Cet attentat de vendredi n’est pas un point de départ, le climat est assez délétère, bien que les Libanais ne s’en plaignent pas car la situation est bien meilleure qu’avant.

Des manifestants ont voulu prendre d’assaut dimanche le siège du Premier ministre. La situation peut-elle dégénérer ;?

La situation est dangereuse, car après tout, Damas n’est qu’à 90 km de Beyrouth, mais je pense que tout va revenir au calme dans les jours qui viennent car il s’agissait d’un attentat ciblé, ne visant pas la foule. Dimanche, il y avait beaucoup moins de manifestants que prévu, et jamais encore un gouvernement n’est tombé en raison de manifestations au Liban.

(Propos recueillis par Alexandra Gonzalez sur BFMTV.com le 22/10/2012) 

À propos Antoine Sfeir
Journaliste, politologue, enseignant, directeur des Cahiers de l'Orient.

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