Palestine : la médaille et son revers

Le projet E1, en rose au centre de la carte (source OCHA)

Le projet E1 (en rose au centre de la carte) peut potentiellement couper le nord du sud de la Cisjordanie et achever l’encerclement oriental de Jérusalem-Est (source OCHA)

L’actualité apporte décidément son lot quotidien de bonnes et de mauvaises nouvelles. Ne boudons pas notre satisfaction : le vote accordant à la Palestine le statut d’observateur non membre aux Nations unies est une bonne, une très bonne nouvelle. Certes, la frustration de ce peuple n’est pas totalement éteinte, mais ce premier pas reste un acquis réel, malgré le vote négatif des États-Unis. D’autant plus que, le jour même, le secrétaire d’État américain Mme Hillary Clinton n’a pas manqué de tancer le gouvernement israélien pour les permis de construire accordés à 3.000 logements en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est.

L’attitude du gouvernement israélien, bien qu’elle soit devenue une habitude, est pour le moins irresponsable. En adoptant la fuite en avant, Benyamin Netanyahou cherche à mettre le monde entier, et en premier lieu les Palestiniens, devant le fait accompli : comment peut-il ainsi penser éteindre la rancœur, l’humiliation et la haine qu’il est lui-même en train d’ériger dans les cœurs des jeunes Palestiniens ? A-t-il oublié ce que ses coreligionnaires ont subi en Russie tsariste, à Vienne, capitale de l’Empire austro-hongrois, en Allemagne nazie, en France occupée ?… La mémoire est manifestement courte chez les hommes politiques – car peut-on qualifier M. Netanyahou d’homme d’État ?

Le président palestinien Mahmoud Abbas à la tribune des Nations unies, le 29 novembre. (AP/Richard Drew)

Le président palestinien Mahmoud Abbas à la tribune des Nations unies, le 29 novembre. (AP/Richard Drew)

Que sont-ils devenus, les Golda Meir, les Moshé Dayan, les Abba Eban, les Yitzhak Rabin, les Yigal Allon – qui disait à qui voulait l’entendre que, si un dirigeant arabe acceptait de siéger à la même table que les Israéliens, ces derniers n’hésiteraient pas une seule seconde à discuter avec lui ? Netanyahou a vécu de l’âge de 7 ans à celui de 45 ans aux États-Unis : c’est un Américain qui vit en Israël. Il a perdu les élections face à Kadima, mais il s’est allié au diable pour gouverner.

Face à cette bonne nouvelle, celles nous viennent d’Égypte sont hélas plus inquiétantes. La concentration du pouvoir exécutif, législatif et judiciaire entre les mains d’un seul homme, le président de la République, et la réaction massive des libéraux enfin réunis, aux côtés de l’Église et de l’université islamique Al Azhar, montrent à quel point le pays est divisé en deux. Mohammad Morsi, qui s’est engagé à rassembler le peuple égyptien, est devenu le symbole de la division.

Est-ce déjà la preuve que les Frères musulmans, à peine frottés à l’exercice du pouvoir, ne sont pas véritablement capables de l’exercer et tentent de passer en force pour imposer à la fois leurs idées et le noyautage des institutions de l’État et de l’administration ? Est-ce finalement le signe que la révolution égyptienne n’est pas terminée ? Est-ce l’espoir de voir ces jeunes, à l’initiative desquels le printemps égyptien a pu avoir lieu, se réapproprier la rue et leur révolution ? Ou est-ce tout simplement que l’Égypte est, encore et toujours, à la recherche de Pharaon ?

A. J. S.

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À propos Antoine Sfeir
Journaliste, politologue, enseignant, directeur des Cahiers de l'Orient.

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