Égypte : savoir raison garder

Un Égyptien vote lors du referendum sur la Constitution, le 15 décembre 2012 au Caire.

Un Égyptien vote lors du referendum sur la Constitution,
le 15 décembre 2012 au Caire.

Les résultats du premier tour du referendum sur la Constitution en Égypte ont donné un léger avantage aux islamistes des Frères musulmans. Sauf surprise, le second tour s’inscrira dans la même veine. Malgré un faible taux de participation (moins du tiers des électeurs inscrits), ce résultat est déjà fortement significatif : le peuple égyptien est d’ores et déjà coupé en deux. C’est en cela que le président Morsi a échoué. Depuis des millénaires, le chef de l’État égyptien doit revêtir la stature de pharaon, avec la double couronne qui relie la Haute et la Basse Égypte, et la population rurale à celle des villes.

Il faut dire Mohammad Morsi n’a pas précisément brillé durant la première année de son mandat : preuve en sont les quolibets dont on l’affuble dans la presse égyptienne. Le dernier couac en date est sans aucun doute le plus significatif : le Fonds monétaire international avait enfin décidé d’accorder un prêt de 4,8 milliards de dollars à l’Égypte à condition que le gouvernement entame des réformes structurelles. Le chef de l’État a donc décidé d’imposer des taxes importantes sur les boissons alcoolisées, le tabac de narguilé (chicha) et autres denrées alimentaires de base, les taux de crédit, le logement, le matériel de construction et les téléphones mobiles, sans parler des augmentations d’impôts pour les revenus moyens. Ces mesures de premier ordre n’ont toutefois pas été annoncées par un communiqué officiel ou au cours d’une conférence de presse, comme tout gouvernement digne de ce nom l’aurait fait ; non, M. Morsi a choisi de les publier subrepticement dans le quotidien politique Al Ahram. Mieux : devant l’ampleur de la contestation populaire, à peine quelques heures plus tard– dans la nuit – c’est la page Facebook du président, relayant celle du parti Liberté et Justice (formation politique des Frères musulmans), qui a annoncé le report des dites taxes jusqu’à leur soumission devant le nouveau Parlement…

Car, dans le cas où la Constitution serait définitivement adoptée, il est prévu de prochaines élections législatives pour élire cette nouvelle Assemblée. Il est peu ou prou certain que les suffrages des islamistes et des salafistes (61 % en 2011) fondront comme neige au soleil ; cela démontre qu’il est difficile aux extrêmes de prétendre rester connectés aux réalités de la vie et à celles du pouvoir en ayant recours aux moyens utilisés lorsqu’ils étaient dans l’opposition. Il est plus malaisé de vouloir manger le raisin de la vigne que d’en tuer le gardien… il faut pour cela savoir raison garder, et non vouloir appliquer à la lettre une idéologie surannée.

A. J. S. 

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À propos Antoine Sfeir
Journaliste, politologue, enseignant, directeur des Cahiers de l'Orient.

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