Mali : les enjeux de l’intervention française

Un pilote français se préparant à survoler le Mali (AP).

Un pilote français se préparant à survoler le Mali (AP).

(actualisé le 15/01/13 à 09 h 58)

L’année 2013 commence très intensément pour la France, avec l’opération militaire engagée depuis vendredi contre des groupes jihadistes au Mali et la tentative d’exfiltration de l’agent de la Dgse, otage des islamistes en Somalie depuis deux ans, qui s’est soldée samedi par sa mort présumée.

L’importance de l’offensive des forces françaises dans le nord du Mali, à la demande des autorités maliennes et avec l’appui logistique des Occidentaux [1], est liée aux enjeux multiples qu’elle engrange :

–       Un enjeu stratégique.  Les combattants libyens islamistes de Darna, armés par l’OTAN et alliés aux Touareg malmenés par différents régimes, étaient remontés vers le Sahel pour y établir un régime islamique ; ils n’avaient rencontré aucune opposition dans un Mali totalement déstabilisé, ayant subi des soubresauts internes, dont un coup d’État militaire. Les États d’Afrique de l’Ouest, réunis au sein de la Cédéao [2], hésitaient à intervenir, manquant cruellement de moyens militaires et humains. L’Algérie, grande puissance de la région, ayant réussi par le passé à repousser les islamistes du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (phagocyté par l’Aqmi) au-delà des frontières algériennes, ne souhaitait surtout pas s’engager dans ce bourbier. Le coup de maître du président François Hollande a été, devant le pourrissement de la situation et la menace imminente que tombe la capitale Bamako, de déclencher une demande unanime de la communauté internationale : les Africains, les Européens et le Conseil de sécurité des Nations unies [3]. Il s’agit non seulement d’enrayer l’avancée des islamistes, mais aussi de leur porter un coup fatal qui mette les régimes voisins (Mauritanie, Niger entre autres) à l’abri de la contagion terroriste.

–       Un enjeu économique. Le Mali regorge de mines en tout genre : or, métaux ferreux et non ferreux, etc. Quant au Niger, il fournit à Areva près de 10 % de l’uranium des installations nucléaires civiles françaises. Sans compter, par ailleurs, les considérables ressources économiques des pays de la région déjà cités, menacés par le terrorisme jihadiste.

La situation dimanche dans le Nord du Mali.

La situation dimanche 13 janvier dans le Nord du Mali.

–       Un enjeu diplomatique et militaire. Il est certain que les frappes aériennes ne pourront se poursuivre très longtemps. En revanche, l’engagement des troupes françaises au sol prendra plusieurs semaines, sinon quelques mois – on attend le déploiement prochain de la force militaire ouest-africaine de 3300 hommes [4]. Cette opération d’envergure n’aurait pas pu se faire contre l’Algérie et sans son accord tacite. Au cours de sa visite à Alger, les 19 et 20 décembre derniers, le président Hollande a évidemment évoqué avec son homologue Bouteflika la situation dans le Sahel. L’Algérie a été intransigeante : il n’était pas question de donner le feu vert algérien à une quelconque opération militaire sans un parapluie onusien. Celui-ci, une fois obtenu par la France, a levé l’incertitude de l’Algérie et permis à cette dernière de défendre les frontières arrière du Mali – elle vient d’ailleurs de les fermer lundi soir. Coincés entre la France et l’Algérie, les islamistes – à savoir le Mujao, Ansar Eddine et Aqmi – se retrouvent cernés, sans aucune possibilité d’échapper à la force de frappe française.

Il n’en reste pas moins que, selon les services de l’Élysée, les forces militaires françaises ont été surprises d’affronter des groupes islamistes « bien équipés, bien armés et bien entraînés », dotés « d’un matériel moderne et sophistiqué ». L’opération Mali n’est-elle pas, en définitive, une manière de reprendre aux islamistes les armes financées par le Qatar et livrées par les Alliés lors de l’opération en Libye, de mars à octobre 2011 ?

A. J. S.


[1] Transports aériens canadiens et britanniques, renseignements américains, aide humanitaire allemande.
[2] Qui doivent se réunir mercredi à Abidjan.
[3] Il a réitéré son soutien à la France le lundi 14 janvier.
[4] La résolution 2085 de l’ONU, adoptée le 20 décembre, autorise le déploiement à terme d’une force internationale, essentiellement africaine – baptisée « Mission internationale de soutien au Mali » (Misma) – afin de reprendre le nord du pays aux islamistes armés ; elle invite aussi à un processus de réconciliation politique à Bamako et à des négociations avec les groupes rebelles du Nord qui se dissocieraient du terrorisme.

GMB 14:01:13Pour aller plus loin :

L’intervention française au Mali et la visite de François Hollande aux Émirats arabes unis  dans le Good Morning Business de Stéphane Soumier sur BFMTV le 14 janvier 2013.

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À propos Antoine Sfeir
Journaliste, politologue, enseignant, directeur des Cahiers de l'Orient.

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