Élections en Israël : la boîte à surprises

Yaïr Lapid, chef du parti centriste Yesh Atid (Il y a un futur), arrive en deuxième position aux élections du 22 janvier.

Les résultats des élections législatives israéliennes laissent une fois de plus apparaître un émiettement de l’électorat. Au-delà du score décevant (31 députés sur 120) de Benyamin Netanyahou par rapport aux prévisions des sondages – malgré l’alliance du Likoud avec la formation nationaliste Israel Beitenou d’Avigdor Lieberman – au-delà de la surprise créée par le parti Yesh Atid (Il y a un futur, 19 sièges à la Knesset), du journaliste Yaïr Lapid – ce laïque centriste qui a ébranlé en un an l’échiquier politique israélien – l’éclatement de la scène politique appelle quelques réflexions.

En premier lieu, bien que ce scrutin ait été dominé par la situation économique et sociale du pays, Israël ne peut désormais éviter les questions régionales et internationales. Aujourd’hui entouré par des régimes de plus en plus islamistes (Hamas dans la bande de Gaza, Frères musulmans en Égypte et montée de la Confrérie en Jordanie, puissance du Hezbollah au Liban), il a plus que jamais besoin d’un gouvernement fort, qui ne soit pas une coalition à la merci de petites formations, afin de prendre enfin de véritables initiatives dans le cadre du conflit israélo-palestinien.

L’émergence de gros blocs permettra néanmoins peut-être d’éviter le recours à ces petits partis souvent extrémistes, notamment, à droite, les orthodoxes séfarades du Shass et les colons du Foyer juif de Naftali Bennett (11 élus chacun), et à gauche, Meretz (6 députés) ou le parti communiste Hadash. Le Premier ministre sortant réussira sans doute à former un troisième gouvernement, mais le choix de ses alliés indiquera tout aussi certainement la voie qu’il voudra suivre quant au processus de paix. Si Netanyahou décide d’intégrer dans son équipe Yaïr Lapid et ses partisans, comme il l’y a invité mardi soir, ainsi que les centristes du Hatnuha de Tzipi Livni (6 députés), c’est qu’il aura choisi de relancer ces négociations jusque là douloureusement gelées. Lapid, favorable à la solution de deux États, israélien et palestinien, pourrait bien hériter d’un grand ministère : la Défense, les Affaires étrangères ou les Finances.

Le bloc de droite Likoud-Israel Beytenou, mené par
B. Netanyahou, obtient 31 sièges à la Knesset.

Dans le même temps, le Premier ministre israélien devra renouer les fils d’une relation perturbée avec Washington ; on se souvient que « Bibi » Netanyahou avait pris le risque de soutenir ouvertement, alors que personne ne le lui demandait, le candidat républicain Romney aux présidentielles américaines contre le président Obama. Finalement réélu, ce dernier vient de nommer au Secrétariat d’État à la Défense le républicain Chuck Hagel, qui ne cache pas ses critiques sur les sanctions contre l’Iran, le poids du « lobby juif » aux États-Unis et la politique israélienne envers les Palestiniens. 

Pour ce qui est de l’Iran, pays qui se prépare également à des élections – présidentielles, celles-ci – en juin prochain, Netanyahou a lui même annoncé qu’il n’agirait pas avant avril pour l’empêcher de se doter d’un programme nucléaire. Pourquoi cette date ? Parce que c’est à ce moment que les choses se décanteront à Téhéran et qu’on verra émerger ceux qui ont une véritable chance d’accéder à la magistrature suprême. Déjà le guide de la Révolution, Ali Khamenei, subit les attaques répétées des grands ayatollahs de Qom, et la seule grande référence (marja‘iyya) du monde chiite aujourd’hui, Ali SIstani, vient de déclarer son hostilité au velayat e faqih (la tutelle des juristes, dans le chiisme duodécimain) comme système de gouvernement.

Aujourd’hui le fractionnement de l’électorat israélien a fait apparaître une multitude de partis politiques qui, pour la première fois dans l’histoire de l’État hébreu, ont une vision différente du devenir d’Israël dans la région – la droite refusant de l’intégrer au sein du Proche-Orient, tandis que le centre-gauche estime que son avenir passe justement par cette intégration. Les pères fondateurs rappelaient que la vocation d’Israël dans cette région était la défense de toutes les minorités ethniques et religieuses du Proche-Orient… On en est encore loin.

A. J. S.

À propos Antoine Sfeir
Journaliste, politologue, enseignant, directeur des Cahiers de l'Orient.

One Response to Élections en Israël : la boîte à surprises

  1. Merci pour cet article de fond. Si je puis me permettre, il me semble que la pseudo menace Iranienne ne sert qu’une cause, la vente d’armes sur tout le Golfe par les Américains. Tant que l’Iran reste en place, tout va bien pour l’armement Américain et ses lobbys.
    On a volé la révolution au peuple iranien et ça arrange l’industrie de l’armement aujourd’hui encore et certainement demain.

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