La colère des Séoud – L’Opinion, 23 octobre 2013

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Publié le 22.10.13 à 17h08
Mis à jour le 23.10.13 à 10h08

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La colère des SéoudPourquoi Riyad boude les Nations Unies

L’annonce par l’Arabie séoudite de son refus d’occuper sa place de membre non permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies démontre, s’il en était besoin, le malaise qui traverse actuellement le royaume wahhabite. Riyad a très mal supporté le rapprochement qui se dessine entre Washington et Téhéran, qui semble également être suivi par certains pays européens, dont la France. Le roi Abdallah avait pris la tête de la « croisade » contre le « Satan » iranien chiite depuis son accession au trône en 2005. Cela lui a permis de se poser en chef de file des pays sunnites qui craignent de plus en plus la montée en puissance de l’Iran dans la région. En effet, en dépit des sanctions imposées par la communauté internationale, ONU et Union européenne en tête, la République islamique a réussi à s’imposer définitivement comme une puissance régionale, tant au Proche-Orient qu’au Moyen-Orient et dans le Caucase, où son allié arménien a conquis avec succès et sans coup férir tout le territoire du Karabakh.

L’Arabie séoudite comptait sur son alliance avec les Etats-Unis pour contrer la puissance perse et s’imposer pour longtemps comme la référence naturelle sunnite dans la région malgré les contestations récurrentes de son rôle de « Vatican sunnite » par la Turquie, qui voudrait bien se poser en modèle pour les révolutionnaires arabes, et également par l’Egypte, qui abrite la plus grande université de théologie sunnite du monde musulman. La rebuffade séoudienne traduit aussi une exaspération face à l’entente russo-américaine sur la Syrie suite à la décision, prise par les deux puissances et acceptée par Bachar el-Assad, de la destruction des stocks d’armes chimiques à Damas. En effet, Riyad a mis un point d’honneur à faire tomber le régime syrien, qui est depuis 1966 aux mains des alaouites (chiites), et pensait y parvenir avec l’appui des Occidentaux.

Mais son geste de révolte vis-à-vis des institutions onusiennes traduit par ailleurs des dissensions au sein de la famille royale. Le ministre séoudien des Affaires étrangères, Séoud al-Fayçal, s’est battu longtemps pour obtenir ce poste, et il a réussi à positionner son pays comme représentant du groupe asiatique pour remporter ce siège au Conseil de sécurité par 176 voix sur 193. Bien qu’il ait annulé lui-même le 12 octobre dernier un dîner à Paris avec le secrétaire d’Etat américain John Kerry, qui espérait obtenir le soutien séoudien en vue de la conférence de Genève sur la Syrie le 22 novembre, le chef de la diplomatie séoudienne pensait que la présence de son pays au Conseil de sécurité serait un atout pour asseoir le leadership de l’Arabie dans la région. Il a été démenti par le roi Abdallah, qui semble d’être rallié à la position de Bandar Ibn Sultan, à la tête du conseil de sécurité nationale séoudien ; ce dernier a voulu signifier aux Américains, ainsi qu’à la communauté internationale, le refus de son pays de participer à la conférence de Genève qui, à ses yeux, présage d’une réhabilitation du président Bachar Al Assad.

Le plus étonnant dans cette affaire est le communiqué du ministère français des Affaires étrangères soulignant une « compréhension de la frustration séoudienne » à propos du dossier syrien, qui semble refléter plutôt celle de Laurent Fabius, partisan de frappes aériennes sur Damas. A moins que celui-ci n’espère de ce refroidissement entre Washington et Riyad… des retombées économiques pour la France.

Antoine Sfeir, analyste du monde arabe, dirige les Cahiers de l’Orient.

2 Responses to La colère des Séoud – L’Opinion, 23 octobre 2013

  1. Monsieur Sfeir, Bonjour,
    Est-ce qu’il existe une version numérique de la revue « Les Cahiers de l’Orient » si oui comment on pourrait faire l’abonnement, à quel prix et depuis quelle année, pourriez-vous m’envoyer les détails via mon e-mail : charife.mallah@usj.edu.lb, car on compte s’abonner au nom de la Faculté de droit et des sciences politiques de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, sachant qu’on possède la version papier. Merci d’avance.

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