« Les généraux de Saddam veulent partager le gâteau » – JDD, 29 juin 2014

 JDD_logoAS JDD 29_06_13Publié le 29 juin 2014 par François Clemenceau

Il semble que des premières dissensions soient apparues très récemment entre les djihadistes de l’EIIL et les troupes menées par d’anciens officiers de l’armée de Saddam Hussein…

Au départ, les ex-officiers baasistes de l’armée irakienne défaits  par l’armée américaine ont étudié des scénarios de retour en force. Pour cela, ils ont, entre autres, envoyé des émissaires au Moyen-Orient et en Europe, notamment en France, pour y récupérer des fonds. Puis, ils ont en effet rejoint les troupes de l’EIIL. Ils ont encadré leur offensive dans la province d’Anbar, la plus grande du pays et à forte majorité sunnite. Ils pensaient qu’en mettant en première ligne les djihadistes et leur extrême violence, ils parviendraient à effrayer les Occidentaux. Leur objectif caché était de manipuler les extrémistes ou de les réorienter. Mais dès qu’il s’est agi de partager les fruits de la conquête, notamment certaines raffineries de pétrole, les premiers affrontements entre les deux groupes ont tourné à l’avantage des djihadistes. Et il est possible qu’ils se poursuivent jusqu’à l’élimination de l’un des deux camps.

Ils ne partagent rien en commun ?
Si, le même ennemi : les chiites. Ces derniers, majoritaires, ont conquis le pouvoir après quarante ans de frustration sous Saddam et ils n’avaient aucune envie de le partager. D’où en retour la frustration des sunnites. Mais ils ne partagent pas du tout le même objectif. Celui de l’EIIL est de créer un vaste califat sur une partie de l’Irak et de la Syrie et qui passe par une grande wilaya qui va d’Alep jusqu’à Mossoul, mais les baasistes, eux, veulent avoir droit au pouvoir, et cela passe, selon eux, par un partage des richesses et des postes.

Les baasistes, pour l’instant alliés de circonstance de l’EIIL, ont-ils un avenir dans toute forme de reconfiguration du pouvoir ?
Oui, mais à condition qu’ils obtiennent de partager le gâteau avec une place importante au gouvernement, notamment pour les affaires pétrolières, énergétiques, au ministère de l’Intérieur, aux finances ou à la Banque centrale. C’est à partir de là qu’ils pourraient mettre leurs armes de côté, quitte à les retourner contre leurs anciens « partenaires » de l’EIIL.

Vous revenez d’Iran. Les autorités iraniennes n’ont-elles pas été déstabilisées par cette guerre éclair des djihadistes à leur porte ?
Si, c’est pour cela que les services de renseignements iraniens sont sur la sellette jusque dans la presse iranienne. Mais depuis, les autorités ont fixé des lignes rouges qui s’arrêtent à leurs propres frontières, à Bagdad et aux lieux saints chiites. Cela ne signifie pas qu’ils seraient prêts à une partition du pays en trois bien que, dans les faits, cela y ressemble déjà beaucoup et depuis longtemps.

 

 

 

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