Riyad promet beaucoup, aucun contrat important signé – Le Point, 26/01/15

 Le Point logoPublié le 26/01/2015 à 06:38 – Modifié le 26/01/2015 à 07:02
Le Point,  26/01/15

© AFP Photo / Fred Tanneau

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Pour le directeur des Cahiers de l’Orient, le changement survenu à la tête de l’Arabie saoudite ne bouleversera pas les relations avec la France.

Propos recueillis par Mireille Duteil 

Le Point.fr : François Hollande comme nombre de chefs d’État a fait, samedi, le voyage à Riyad pour saluer le roi Salman qui vient de succéder au défunt roi Abdallah. Les relations franco-saoudiennes semblent faites de haut et de bas. Qu’en est-il ?

Antoine Sfeir : Les bonnes relations diplomatiques entre nos deux pays ne doivent pas cacher les tensions qui perdurent, certaines depuis longtemps, d’autres plus récentes. Le grand reproche – non dit – des responsables saoudiens vis-à-vis de la France est le lien trop voyant que Paris entretient depuis de longues années avec le Qatar, à leur détriment, estiment-ils. D’autre part, l’Arabie saoudite regrette que la politique française au Liban n’ait pas ouvertement choisi le camp des sunnites, dont Riyad s’estime le protecteur, contre celui des chiites.

En outre, l’intervention française au Mali, contre des sunnites, est mal comprise. Les Saoudiens auraient souhaité que la France soit une alternative crédible aux États-Unis. Ils estiment aujourd’hui que Paris n’est pas audible au Moyen-Orient.

Ces réticences saoudiennes ont-elles des répercussions sur des contrats ?

Absolument. Riyad a beaucoup promis ces dernières années et aucun contrat important n’a été signé. Le dernier gros contrat (vente de frégates, missiles, bâtiments de guerre…) remonte à 1987. On avait cru à un infléchissement de la position saoudienne lors de la visite officielle de François Hollande à Riyad, en décembre 2013. L’Arabie saoudite avait alors promis que l’aide de 3 milliards de dollars (2,2 milliards d’euros) qu’elle allait fournir à l’armée libanaise servirait à des achats de matériels militaires libanais en France. Mais rien n’a encore été concrétisé.

Un changement de monarque sur le trône saoudien peut-il changer la donne ? Et quelle va être la marge de manoeuvre du roi Salman ?

On a parlé de flottement au décès du roi Abdallah. Il n’en a rien été. Dès le premier jour, le 23 janvier, le roi Salman, prince héritier en titre, a montré qu’il avait le pouvoir en main. Il a choisi son fils, Mohammed, 31 ans, comme directeur de cabinet et nouveau ministre de la Défense, un poste qu’il détenait auparavant. Puis il a nommé, dans la foulée, un vice-prince héritier. Un poste créé à l’initiative du précédent roi Abdallah.

C’est Mohammed ben Nayef, 55 ans, neveu du roi Salman et ministre de l’Intérieur depuis 2012, qui en a hérité. Il est donc le premier de la troisième génération des Saoud – il est le petit-fils du fondateur du royaume saoudien Abdel Aziz el-Saoud – en position de parvenir au pouvoir. Son père, le puissant Mohammed ben Nayef, avait la même mère que l’actuel roi, une Soudayri, puissant clan saoudien qui se voit ainsi renforcé. En le choisissant comme vice-prince héritier, le roi Salman coupe l’herbe sous le pied à d’autres héritiers potentiels de la seconde génération.

Quant au prince héritier en titre, le prince Mouqrin, 69 ans, demi-frère du roi Salman, le fait que sa mère soit une esclave yéménite est regardé comme un handicap par certains clans du royaume. Mais Mouqrin pourra, peut-être, ainsi aider à dénouer la crise yéménite. Celle-ci est gravissime pour l’Arabie saoudite et peut mettre en danger sa stabilité.

À propos MJ Sfeir
Communication, Edition, Web Les Cahiers de l'Orient

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