« On a face à nous un véritable État » – La Nouvelle République, 10/12/2015

Deux-Sèvres – Conférence – 10/12/2015 05:38
nouvelle-republiqueLe journaliste est l’invité, ce jeudi, de l’université interâges pour une conférence sur les conflits internes à l’islam, sans oublier l’actualité.
Votre conférence traite du conflit entre sunnites et chiites. Qu’est-ce qui sépare ces deux courants de l’islam ? ANTOINE SFEIR OK


Antoine Sfeir : 
Je viens parler de la situation au Proche-Orient, qui est dans la tourmente et dont la lecture confessionnelle est devenue un élément indispensable. Le conflit entre sunnites et chiites est au départ un conflit de succession qui remonte à 661 et l’assassinat d’Ali. Il est devenu, au fil des siècles, un conflit dogmatique, cultuel, culturel et ethnique entre Perses et Arabes. Le sunnisme se considère comme l’aboutissement du monothéisme. Les chiites, eux, attendent le Mahdi (le Messie).

Au fil de vos conférences, vous abordez aussi l’actualité ? 

 Oui, je suis obligé de le faire. J’explique pourquoi et comment est né et s’est développé un état qui contrôle aujourd’hui un territoire qui fait trois fois la Grande-Bretagne.

«  Ces jeunes cherchent un sens à leur vie  »

Justement, que représente l’État islamique ? 

Daech a un territoire, avec à sa tête un chef et des ministres. Lorsque ce chef et ses ministres revendiquent des attentats, contre la France par exemple, ce sont des casus belli. On a face à nous un véritable État, contrairement à Al-Qaïda, Al-Nosra et d’autres.

Qu’est-ce qui, chez Daech, peut attirer des jeunes ?

Ce qui plaît est le fait de vivre en groupe, d’être estimés et solidaires. C’est ce que disent ces jeunes, en tout cas. Quand vous avez un genou à terre, il y a dix paires de mains qui se tendent pour vous relever. Ces jeunes cherchent à redonner un sens à leur vie. Ils sont dans un processus d’échec scolaire, personnel et familial.

Après les attentats, comment éviter la stigmatisation ? 

Phobie veut dire peur. L’islamophobie est la peur de l’islam. Rappelons que tout arabe n’est pas musulman, que tout musulman n’est pas islamiste ou salutiste, et que tout islamiste et salafiste n’est pas jihadiste. Il y a plus une peur qu’une stigmatisation. Il y a comme un manque que les gens à l’intérieur de l’islam ne réagissent pas assez violemment — verbalement bien entendu — contre cette trahison de Dieu qu’est Daech. Ils se sentent obligés de se justifier. Or ce sont des citoyens français, dont la confession, à la limite, ne nous regarde pas. C’est en tant que citoyens qu’ils doivent réagir.

Que pensez-vous de la volonté de créer un islam de France ?

Je ne veux pas de musulmans de France, ni de juifs de France, ni de chrétiens de France. Je veux des citoyens. La citoyenneté nous rend responsable de la cité. Elle transcende nos appartenances identitaire, communautaire et régionale.

Et les mesures prises après les attentats ? 

Ceux sont des demi-mesures. Déchoir de sa nationalité quelqu’un qui vous dit clairement «  Je n’aime pas la France « , lui importe peu. Quand on met en prison quelqu’un qui revient du jihad, il se radicalise davantage. Notre rôle n’est-il pas de le remettre dans un processus de scolarisation et de transmission du savoir ?

 

À propos MJ Sfeir
Communication, Edition, Web Les Cahiers de l'Orient

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