ISLAM – Chiisme

Schisme de l’islam représentant environ 12 % des musulmans dans le monde, soit 150 millions de personnes. Les Chiites constituent une minorité dans les pays du Golfe. Le chiisme a été institué religion d’État en Iran dès le XVIe siècle.

Histoire : Suite à l’assassinat du troisième calife, Othman, en 656, Ali, cousin et gendre de Mohammad, est proclamé calife ; mais certains l’accusent d’avoir commandité l’élimination de son prédécesseur. Parmi eux, le gouverneur de Damas Mo‘awiya, du clan des Banou Omayya (qu’on appellera désormais les Omeyyades), refuse d’obéir au nouveau calife Ali. Ce dernier marche contre lui pour faire respecter son autorité. Ainsi commence ce que l’histoire retiendra sous l’appellation de la Fitna ou « grande dissension » de l’islam. Les deux factions s’affrontent en 657 à la bataille de Siffin, sur les bords de l’Euphrate. Devant l’incertitude du combat, Mo‘awiya obtient une trêve. Une commission, déléguée pour arbitrer le conflit,  rend une décision défavorable à Ali.

La majorité des musulmans suit donc Mo‘awiya et adopte comme critère de foi la tradition (Sunna) du Prophète et de ses compagnons. Ils seront désormais appelés Sunnites.

Première scission, les Kharijites : Les partisans de Ali se divisent aussi. Certains lui reprochent d’avoir accepté l’arbitrage et décident de « sortir » (kharaja, en arabe) des rangs de ses partisans, d’où leur nom de Kharijites, « les sortants ». Sur le plan dogmatique, ils sont puritains et rigoureux : pour eux, tous les musulmans sont égaux devant le Coran et la Sunna, et un calife, « fût-il un esclave noir », peut être choisi au sein de la Communauté à condition qu’il soit pieux et digne de conduire la Oumma. Les Kharijites ne sont plus aujourd’hui qu’une poignée que l’on trouve à Djerba, en Tunisie, autour de la ville de Ghardaïa, en Algérie, et surtout dans le sultanat d’Oman, où ils sont appelés Ibadites.

Les autres partisans de Ali (en arabe, chi‘aat Ali, d’où leur nom de Chiites) lui restent d’une fidélité absolue, le considérant comme le successeur naturel et légitime du Prophète. Toutes les autres dissidences que connaîtra le monde musulman naîtront au sein de la communauté chiite.

Ali finit par être assassiné à son tour en 661 par un Kharijite, et Mo‘awiya se fait alors enfin reconnaître comme calife. Pourtant la plupart des partisans de Ali refusent ce qu’ils qualifient d’usurpation. Violemment combattus, les Chiites, conduits par les deux fils de Ali, Hassan et Hussein, se réfugient dans une semi clandestinité au cours de laquelle ils élaboreront leur doctrine.

Imâmat chiite : Hassan ayant abandonné le combat pour finir ses jours à Médine, Hussein mènera ses disciples jusqu’à Kerbela (dans l’Irak actuel). Assiégés par les armées sunnites, les Chiites verront tuer leur chef Hussein en 680. Dans la tradition chiite, il représente le martyr par excellence, le héros courageux et prêt au sacrifice suprême. Tous ses successeurs détiendront la wilaya, l’héritage du Prophète. Car les Chiites n’attribuent de validité qu’à la descendance de Ali, dont les membres ont droit au titre d’imâm, « impeccable » et « infaillible ».

Chiites dissidents : Zaydites, Ismaéliens, Druzes, Alaouites. Dès le VIIIe siècle, le chiisme se divise.

  • Les Chiites zaydites, particulièrement présents au Yémen, arrêtent à cinq la lignée des imams descendant du Prophète par Ali.
  • Les Ismaéliens, ou septimains, vénèrent sept imams ; ce sont les fidèles de l’Aga Khan.
  • Du tronc ismaélien est issue la branche druze, communauté présente en Syrie, au Liban et en Israël,
  • et la branche alaouite, devenue importante depuis la prise de pouvoir de cette minorité syrienne conduite par Hafez Al Assad et son clan en 1970.

Les Duodécimains : Pour la grande majorité des Chiites dans le monde, l’imâmat s’interrompt avec le douzième imâm, disparu en 874 à l’âge de cinq ans – pour ces Chiites, il n’est pas mort mais a seulement cessé d’être visible. Après son occultation (ghayba), il reviendra à la fin des temps comme le Messie (Mahdi), pour rétablir paix et justice sur terre. Les Duodécimains représentent 98 % de la population en Iran, 65 % à Bahreïn, 60 % en Irak et quelque 33 % au Liban. Ils sont également très présents et numériquement importants dans d’autres pays de la péninsule Arabique, comme le Koweït et les Émirats arabes unis, ainsi qu’en Turquie et au Pakistan.

Doctrine : Pour les Chiites, aucun pouvoir politique n’est définitivement légitime jusqu’au retour du douzième imam. L’État ou le souverain, d’essence imparfaite, peut toujours être remis en question, puisque dans le chiisme, au contraire de l’islam sunnite, l’ijtihâd (l’effort d’interprétation du Coran et de la Sunna) n’a jamais cessé.

Contrairement au Sunnisme encore, le chiisme dispose d’un clergé bien établi :

  • le taleb (« l’étudiant ») qui se consacre à l’étude de la religion,
  • devient d’abord moujtahid (« celui qui se livre à l’effort d’interprétation).
  • lorsque l’un de ses disciples devient moujtahid, alors son maître atteint le rang de hujjat al-islâm (« preuve de Dieu », en persan hojjat ol-eslam) ;
  • puis d’ayatollah (« signe de Dieu »), membre du clergé de haut rang ;
  • voire d’ayatollah ozma (« grand ayatollah ») ;
  • seuls ses partisans au sein de la Communauté des Croyants, de plus en plus nombreux, en feront un maître, un marja‘a (« référent ») ou une marja‘iyya (« référence »)
  • le mollah est, quant à lui, le membre du clergé auquel les croyants demandent d’assurer les célébrations.

Sources : Antoine Sfeir, L’islam en 50 clés, Bayard Éditions, 2006, 156 p.

Antoine Sfeir (dir.), Dictionnaire du Moyen-Orient, Bayard Éditions, 2011, 964 p.

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