TURQUIE – Le retour des empires

Courrier du Maghreb et de l'Orient logoErdogan

Le  président turc Recep Tayyip Erdoğan se verrait bien à la tête d’un «califat islamique» qui traiterait d’égal à égal avec les grands de ce monde. En une année, il aura réussi à étouffer toute opposition, qu’elle soit politique, militaire, sociale, syndicale, intellectuelle ou médiatique. Il a désormais les coudées franches pour sculpter un empire à sa taille.

Mais il n’est pas le seul dans la région à vouloir en faire autant… Le XXIème siècle sera-t-il au Moyen-Orient celui du retour des empires ?

*      *      *

Un peu plus à l’ouest, l’empire perse est déjà établi, de la mer Caspienne à la Méditerranée.

Incontournable, il a réussi à encercler la puissance régionale qui pouvait se dresser sur son chemin : l’Arabie séoudite. De Téhéran au port libanais de Tyr, en passant par Bagdad et Damas, cet axe stratégique a fait de l’Iran une puissance méditerranéenne. De l’autre côté, le contrôle du détroit d’Ormouz fait suspecter l’Iran d’être un acteur de la guerre du Yémen, ce qui a déclenché l’ire des Séoudiens et des Émiratis lorsqu’ils ont vu l’un des membres du Conseil de Coopération du Golfe, le Qatar, flirter avec l’ennemi iranien. Ennemi à un triple niveau : arabe, confessionnel (car chiite) et stratégique pour le contrôle du Golfe. L’arc perse reste néanmoins fragile et précaire : il suffit qu’un jalon casse pour que l’édifice s’écroule.

Plus au nord, l’empire russe semble avoir accompli un retour dans les mers chaudes. Si l’irruption du président russe Poutine en Syrie est due à des causes essentiellement internes, notamment la peur de voir l’organisation terroriste État islamique remonter vers les territoires placés sous l’influence de la Sainte Russie et rééditer la tragédie tchétchène, elle est autant motivée par la découverte de gaz naturel au large du Liban. Moscou a réussi à calmer le jeu entre les trois protagonistes de cette découverte prometeuse que sont le Liban, Israël et Chypre… Jusqu’ici du moins.

L’empire chinois, lui, pas encore en phase géostratégique, se contente d’intrusions économiques. Quant à l’empire américain, il manque toujours de vision, à moins que celle-ci ne soit limitée aux seules « affaires », où le talent du président américain ne fait aucun doute.

Quel est le point commun entre les trois empires des Proche et Moyen-Orient ?

Tous trois ont instrumentalisé la religion comme outil d’expansion : sunnite pour le président turc, qui rappelle à qui veut l’entendre qu’il n’est pas un « islamiste modéré », mais un islamiste tout court ; chiite pour l’Iran, qui a remarquablement utilisé cette branche de l’islam pour asseoir son influence dans les pays de la région (sa réussite en Irak est spectaculaire) ; et orthodoxe pour la Russie, aujourd’hui plébiscitée par tous les chrétiens d’Orient, suite à ses prises de positons intransigeantes en leur faveur.

Un autre point commun entre ces trois ensembles est leur fragilité. L’Iran se méfie d’une éventuelle coalition qui le mettrait à nouveau en quarantaine de la communauté internationale, alors que les signes d’ouverture économique issus de l’accord sur le nucléaire commencent à donner leurs premiers résultats ; la Russie craint d’être isolée si Europe et États-Unis durcissent leurs positions sur les questions de l’Ukraine et de la Syrie ; la Turquie, enfin, est menacée par le rejet des sunnites arabes face à sa politique de puissance dominante et néo-ottomane et par une alliance de facto de ses ennemis – l’Europe en premier lieu – contre la fuite en avant autocratique du régime d’Erdoğan.

*      *      *

Les États-Unis pourraient venir perturber les calculs de tous les acteurs de la région, y compris le jeu d’échecs de Vladimir Poutine. Erdoğan peut affronter l’Iran, l’Irak, la Syrie et même l’Europe, sur la division de laquelle il peut compter, mais aurait beaucoup de mal à aller à l’encontre des intérêts américains, et sa marche de manœuvre à l’extérieur du pays serait largement réduite dans le cas d’une divergence avec Washington. La dynamique du chaos, instaurée depuis plus de vingt ans maintenant, se poursuit dans la région : tant que les conflits sont circoncis et maîtrisés, le jeu des nations se déroule naturellement, mais la poudrière attend la première mèche pour faire exploser États et frontières.

La mèche sera-t-elle les 92% des Kurdes irakiens qui ont voté « oui » au référendum sur l’indépendance ?

Si la Turquie, l’Iran, la Syrie et le Liban se sont déjà positionnés contre cette initiative, quelle sera la posture des États-Unis de Donald Trump et surtout l’attitude d’Israël, fortement implanté déjà à Erbil et Suleimanieh et qui verrait d’un bon œil l’érection d’un État allié au Nord de l’Irak ?

 A lire : Les Cahiers de l’Orient

L’Opep a-t-elle encore la main ? BFM Business, 29/11/16

image

bfmbusiness-logoLes Décodeurs de l’éco du mardi 29 novembre présentés par Fabrice Lundy.

Ce serait une première en huit ans si l’Opep parvenait à limiter sa production

Lire la suite

La démocratie en danger : L’enseignement islamiste saoudien

(cité par Pierre Conesa sur LePoint.fr le 12/09/16) Toujours disponible et, hélas, d’actualité…

lenseignement-islamiste-saoudienDepuis les attentats du 11 septembre, l’Arabie saoudite, dont la prospérité repose principalement sur la production pétrolière, s’est engagée auprès de la communauté internationale à lutter contre le terrorisme. Mais ce pays étant régi par le wahhabisme, la doctrine religieuse ultra orthodoxe dont se revendique les intégristes actifs, on est en droit de se demander ce qui est enseigné dans ses écoles. Ce livre reprend un rapport accablant du CMIP établi à partir de l’étude et de l’analyse de 93 manuels scolaires saoudiens.  Lire la suite

« Ni l’Iran, ni l’Arabie saoudite n’ont intérêt à embraser le golfe Persique » – L’Opinion, 04/01/16

l'Opinion logoGuerre de religions 

Interview : Gilles Sengès – 03 janvier 2016 à 16h24

img_1487

L’ambassade d’Arabie séoudite en feu à Téhéran © DR

Pour Antoine Sfeir, analyste du monde arabe, la récente tension entre Téhéran et Riyad relève surtout de la posture. Tandis que les Saoud jouent leur maintien au pouvoir en Arabie saoudite, en Iran ce sont les mollahs qui tentent de défendre leur influence.

L’Arabie saoudite a annoncé dimanche soir la rupture de ses relations diplomatiques avec l’Iran. Des manifestants iraniens avaient envahi l’ambassade d’Arabie saoudite à Téhéran dans la journée, exprimant la colère de l’Iran chiite au lendemain de l’exécution en Arabie saoudite du cheikh al Nimr, critique du régime. Lire la suite

Riyad promet beaucoup, aucun contrat important signé – Le Point, 26/01/15

 Le Point logoPublié le 26/01/2015 à 06:38 – Modifié le 26/01/2015 à 07:02
Le Point,  26/01/15

© AFP Photo / Fred Tanneau

 .

Pour le directeur des Cahiers de l’Orient, le changement survenu à la tête de l’Arabie saoudite ne bouleversera pas les relations avec la France.

Propos recueillis par Mireille Duteil  Lire la suite

Réapprendre la résistance

Charlie canardsMaintenant que la passion est retombée — car l’émotion, quant à elle, restera — quelles peuvent être les conséquences de l’attentat terroriste contre l’équipe de Charlie Hebdo ?

Nous allons certainement assister à une flambée de cris de victoire sur les sites islamistes et salafistes. Cela entraînera une émulation qui va pousser d’autres à tenter de copier les assassins, d’une manière encore plus spectaculaire. En cas d’arrestation des auteurs de l’attaque meurtrières, Lire la suite

Le Pudding de Radio Nova, 19 septembre 2014

nova-logoNova puddingUn portrait, une rencontre mais surtout un beau moment de réflexion. Toujours aussi curieux, allumé, pédagogue, ironique et inspiré, ce rendez-vous dominical propose une conversation sans limites baigné dans un grand mix musical préparé par Jean Croc.
> Écouter l’émission